27 mai 2009
Témoignages
Voici quelques témoignages de participants au sommet de Milan :
« Vendredi 20 mars 7h30 : les Chefs d’Etat et leurs Sherpas applaudissent, je félicite mon homologue allemand pour notre belle coopération, je dois annoncer à mon Ministre des Affaires Etrangères que la question du Tibet n’a pas réussi à faire consensus. Nous venons de finir de rédiger le communiqué final que nous avons négocié toute la nuit. Voilà qui résume bien mes 10 jours à Milan : des négociations ardues, une délégation française engagée, des rencontres formidables, et surtout peu d’heures de sommeil !
Le rôle de Sherpa est un peu insaisissable, difficile à définir : on m’avait dit « le sherpa est le membre de la délégation qui dort le moins ». Définition validée. Mais, parce que le rôle de sherpa commence bien le sommet lui-même, j’ajouterai que « le sherpa est celui qui envoie des dizaines de mails à ses ministres » avant le départ pour préparer au mieux sa délégation et définir les priorités de la diplomatie française.
Contrairement à tous les autres membres de la délégation, le Sherpa ne négocie pas directement. Il va d’une salle de négociation à l’autre pour superviser le travail de ses ministres, il passe de petites notes à son Président pour le conseiller pendant qu’il négocie la réforme du Conseil de Sécurité, il intervient en cas de crises sur la question du nucléaire ou du développement en Afrique et surtout il négocie de manière informelle dans les couloirs avec ses homologues sur les questions difficiles…
Mes 10 jours à Milan ont été très intenses avec des moments forts qui se sont multipliés. J’y ai appris à argumenter de manière calme et organisée, à développer des stratégies de négociation et à travailler en équipe. Au plan humain cette expérience est incomparable. Alors que quelques mois auparavant nous ne nous connaissions pas, nous avons formé une délégation soudée, toujours prête à défendre ses idéaux à la table des négociations et, prête, le soir venu, à visiter Milan avec les autres délégations. Une jeunesse unie pour offrir aux décideurs une nouvelle vision des grands enjeux de notre temps : tel est l’objectif du G8 Youth Summit ».
Leslie Anne, Sherpa, délégation française 2009.
« Le G8 Youth Summit 2009 à Milan fût une expérience intense, tant délicate que brutale, douce et agressive. Non, je ne parle pas des Italiennes. Mais bien du dur labeur que nous avons enduré, quelques mois avant l’accomplissement, mais encore aujourd’hui dans certaines courbatures de la mâchoire qui me rappellent nos grands discours enflammés.
Oui, avant. Le G8 Youth Summit ne se prend pas à la légère. Il y a la démarche de s’y intéresser, d’envoyer son dossier, puis l’oral. Ah l’oral. Et puis il y a le travail. Ah le travail. En effet, connaître ses dossiers sur le bout de la langue t’offre la première place sur les starting blocks. Tu discutes de sujets brûlants, de Gaza au changement climatique en passant par la réforme du système financier mondial, sans oublier le Tibet. Ton ambition dépend cependant de ton réalisme, la légitimité de ton éloquence mais également du Final Comuniqué lui même réside dans sa proximité avec la réalité. Réalisme et idéalisme ne s’opposent donc pas en terres du G8 Youth, bien au contraire, et pour le bonheur de tous. Ajoute une « Diplomatic French Touch » (aka DFT) à ton désir de changer les choses, tu en sortira grandis et fier.
Et puis il y a les rencontres. Tu négocies toute la journée avec un Indien, un Américain, un Japonais ou encore un Russe, et j’en passe des vertes et des pas mûres. Chacun son point de vue, chacun sa culture, chacun son Président (sic). Néanmoins, aucun vote n’est admis dans l’Assemblée, tous avec tous.
Fortuitement, le dicton se perpétue après 22h. Et là, les lumières s’éteignent, finit les débats chauds mais platoniques, tu découvres tes collègues de la journée sous…. « un jour nouveau » ?
Bref, le résultat d’une semaine comme celle là me rappelle ces euphories irrationnelles entre gens de belles ambitions, ou encore ces fictions contant une contemporanéité qui n’existe que dans les romans, celle du dialogue des cultures. Et avec la paix au bout du chemin, écrite par la jeunesse d’aujourd’hui.
Bon courage et surtout n’oublie pas de garder le cap, Vive la République et Vive la France. »
Benoît, Ministre des affaires étrangères, délégation française 2009.
« The G8 was a unique and valuable experience for young people to get together and discuss their views on important world issues. Not only was it extremely interesting to learn other people’s opinions, but I think we also all learned some valuable lessons in the art of negotiations, and learned to appreciate and respect one another’s cultural habits. My role was technical expert (IP) and our discussions were extremely fruitful as everyone had made the effort to research the topic before we met and we were all able to speak, to listen and to reach a common consensus. Everybody had their own thoughts, so not only did we learn about the politics and positions of all the various countries, we also listened to the personal insights and ideas of our counterparts. The entire week was very well organised by our Italian hosts, who made us feel extremely welcome in the city, enabled us to use the facilities at the Bocconi University and introduced us to some great nights out and encouraged us to have a fun and make the most of our experience!! I have some wonderful memories after my 10 days in Milan! As the week continued I got to know many people from different countries, and I would say that I have truly made some great friends. I think it is a shame that the work we did was not recognised more by the governments of our respective countries, as it is the views and ideals of the young which will be so important in the future, and I think that a forum of this kind could be even more effective if it was appreciated on a public scale. As young people, we make up for in energy and enthusiasm what we may lack in practical experience, and I think we all agreed on and hope for changes to be made in the future!! »
Kate, Expert IPR (Droit de la Propriété Intellectuelle), délégation britannique 2009.
« The G8 Youth Summit in Milan 2009 was quite an experience. Representing the German Minister of Environment I had to deal with an issue I care deeply about, so I put lots of efforts not only into my preparation before the summit but tried hard to find consensus on the issues at hand throughout the summit. While there were times where we really stuggled to find a compromise, I really liked the overall productive working atmosphere and think that we really accomplished great work. Certainly the summit came close to real world events with regard to the complexity of the issues, the lack of sleep and the nice social aspects of getting together on the international level
To conclude, I really liked the Summit because it provided a very unique opportunity that helped me understand how the G8 works and what problems it faces. »
Philip, Ministre de l’Environnement, délégation allemande 2009.
Quelques témoignages sur le sommet du Model G20 à ESCP (Paris) en février 2009:
« Etudiante à l’ENS Cachan en droit, économie, et gestion, j’ai entendu parler du Model G20 par une amie de ma promotion. J’ai tout de suite été intéressée, je n’avais jamais entendu parler du principe même d’une « simulation diplomatique » et j’en trouvais le principe très intéressant, d’autant plus s’agissant d’un G20 historique sur la crise financière! J’ai donc très rapidement postulé, en demandant en premier voeu le poste de Ministre des Affaires étrangères de l’Afrique du Sud, un pays dit émergent qui m’intéresse depuis longtemps. Finalement, j’ai été nommée ministre des Affaires étrangères de… l’Allemagne, ce qui m’allait bien aussi, de par l’importance de ce pays, notamment au sein de l’UE, et puis il se trouve que c’est le pays que j’ai demandé pour ma mobilité Erasmus l’an prochain!
Rapidement, j’ai contacté Jonathan et Marius, mes deux collègues de choc, qui, eux, sont vraiment allemands. J’ai aussi comblé mes lacunes en politique étrangère allemande, du G4 pour obtenir un siège au Conseil de Sécurité jusqu’à l’idée récente d’Angela Merkel de créer une Charte des droits économiques et sociaux, fondée sur le modèle de la fameuse « économie sociale de marché ».
Le premier jour du Model a ensuite été très riche en rencontres et en échanges. Les workshops et les discussions au départ informelles nous ont permis de rentrer au mieux dans l’esprit d’une telle négociation diplomatique, qui avait l’obligation d’aboutir à quelque chose! Pas toujours évident quand on met trois jours de suite autour d’une même table 20 étudiants de diverses nationalités, devant n’exprimer que les opinions de leurs délégations… Ce qui nous a amené à des situations assez réalistes comme une discussion épineuse sur les subventions à l’agriculture… Je crois qu’avec mes « homologues » de l’UE, nous avons réussi à montrer une certaine unité, le couple franco-allemand ne manquant pas à ses devoirs (aussi parce que nous étions à côté autour de la table!) Les alliances étaient sinon parfois improbables, mais nous ont permis d’arriver à des consensus sur les nombreux sujets que nous devions traiter.
Le communiqué final a donc été une réussite pour tous, surtout au regard du temps que tous les comités ont passé à reformuler le moindre bout de phrase pour mettre tout le monde d’accord… Mais nous n’étions pas si fatigués que ca, puisque nous avons transposé la bonne humeur générale de l’ESCP-EAP jusqu’à un bar parisien. Le tout de manière à être frais et à l’heure le lendemain pour la cérémonie de clôture…
Je suis rentrée dans ma Bretagne bien fatiguée par cette expérience, mais ravie d’être sortie du droit franco-francais pour rencontrer des étudiants du monde entier et élargir ma compréhension de la crise financière. Comme je pars finalement à Berlin en septembre, je compte bien y suivre les élections, qui vont opposer « mon » ministre, Frank-Walter Steinmeier à Angela Merkel… »
Zoé Kergomard, ENS Cachan-Antenne de Bretagne, Section Droit, Economie & Gestion.
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